Les Hollandaises

Lettre IX

Lexoje në shqip: Holandezet

Sommaire de la lettre

Les Bataves. — Le comté et les comtesses de Hollande. — La comtesse Jacqueline et l’annexion au duché de Bourgogne. — Marie de Bourgogne et la maison d’Autriche. — La république des Provinces-Unies. — Élisabeth Bekker. — Agathe Deken. — Mme de Charrière. — Le royaume des Pays-Bas et la loi salique. — Le caractère hollandais. — Les institutions charitables et les Hollandaises. — Mme Heasje Klaas. — La baronne de Reede de Renswoude. — Les Hollandaises des villes. — Les paysannes. — Mœurs, coutumes, éducation. — Les pêcheurs et leurs femmes. — La religion en Hollande. — Le protestantisme orthodoxe et le protestantisme rationaliste. — Un ménage rationaliste. — L’Église wallonne. — Les jansénistes. — Les mennonites. — Les catholiques.

Le nord des Pays-Bas n’est point comme le Midi, une contrée que se disputent la civilisation latine et la civilisation teutonique. Tandis que la Belgique s’habitue de plus en plus aux mœurs françaises, la Néerlande est restée un État essentiellement germanique. Si plusieurs savants ont rattaché les Belges aux Gaulois, ou du moins ont prétendu qu’il y avait parmi eux de nombreux éléments celtiques, aucune hypothèse de ce genre ne pourrait s’appliquer à la Hollande. Les plus anciens habitants de ce pays dont l’histoire ait conservé le souvenir, sont une tribu germanique, les Bataves, et l’opinion générale des historiens hollandais est, que leurs compatriotes en descendent. Quoi qu’il en soit, les Frisons, les Saxons et les Franks qui envahirent la contrée et qui se mêlèrent aux Bataves, n’appartenaient pas assurément aux populations gauloises. D’ailleurs, si le caractère des Belges, qui ressemble tant à celui des Français du Nord, peut faire naître quelques doutes sur leur origine, il suffit de s’entretenir une heure avec un Hollandais proprement dit, un Frison ou un habitant de la Gueldre, pour se convaincre que toutes les fractions du peuple néerlandais sont du plus pur sang germanique.

Les habitants de la Hollande que Charlemagne obligea d’embrasser le catholicisme, recouvrèrent leur indépendance politique sous ses faibles successeurs. Dès le Xe siècle, la Hollande proprement dite, avait des comtes, tandis que les autres provinces qui composent aujourd’hui le royaume étaient gouvernées par des chefs relevant plus ou moins du saint-empire. Les femmes pouvaient porter la couronne des comtes de Hollande. En effet, la dynastie d’Alsace a deux comtesses, Gertrude de Saxe (1062-66) et Ada (1203-1204) ; la dynastie de Bavière en a également deux, Marguerite (1345-51) et la célèbre et romanesque Jacqueline (1417-36).

La fille de Guillaume VI, comte de Hollande, de Zélande et de Hainaut, était déjà veuve du dauphin de France quand elle prit les rênes du gouvernement. Jean IV, duc de Brabant, qu’elle épousa en secondes noces, ne tarda pas à lui déplaire. Ce prince mou et indolent n’était point fait pour captiver une femme hautaine et passionnée. L’énergique Jacqueline, honteuse de la faiblesse de son mari, qui avait abandonné pour dix ans la Hollande, la Frise et la Zélande à Jean de Bavière, s’adressa au pape Martin V pour le décider à rompre son mariage. Martin refusa. Mais comme l’Église romaine du XVe siècle avait négligé de conserver sa fameuse « unité » on pouvait obtenir d’un pape ce que son confrère ne voulait pas accorder. Jacqueline s’adressa à Benoît XIII que les Romains regardaient comme un antipape. Celui-ci, heureux de voir son autorité reconnue par la comtesse, s’empressa de lui permettre d’épouser le duc de Glocester, frère de Henri V, roi d’Angleterre. Mais le duc, qui n’avait pas l’énergie du vainqueur d’Azincourt, n’était point capable de tenir tête à la puissante maison de Bourgogne. Il s’enfuit lâchement en Angleterre et laissa sa femme tomber dans les mains du duc Philippe le Bon, qui convoitait ses États. Jacqueline parvint à s’échapper déguisée en homme et confia sa défense au parti des « Hameçons » (leur emblème était un hameçon, koek avec lequel on prend les cabillauds), rivaux des « Cabillauds » (kabeljaauws, emblème du parti des nobles, poissons qui dévorent le fretin) et au comte François de Borselen qu’elle avait épousé secrètement sans s’inquiéter des liens qui l’unissaient au duc de Glocester ; car dans ce « bon vieux temps » on n’avait pas grand souci de la légalité. Malheureusement pour Jacqueline qui aimait passionnément son quatrième époux, Borselen fut fait prisonnier par le duc de Bourgogne, et la comtesse fut obligée, pour le sauver, de renoncer à des provinces sur lesquelles elle ne possédait plus qu’une autorité fort contestée.

La Hollande fit partie des vastes territoires que Marie, fille de Charles le Téméraire (1477-82), laissa à la maison d’Autriche, et elle obéit, comme la Belgique, aux gouvernantes des Pays-Bas. Mais les descendants des fiers Bataves et des belliqueux Frisons devaient se montrer moins dociles que les Wallons et les Flamands. Dès 1523, la réforme s’était établie en Hollande, où elle fit de rapides progrès. Le peuple néerlandais, convaincu qu’il faut d’abord affranchir son âme quand on veut devenir un peuple libre, montra le plus vif empressement à rompre avec la papauté, et n’ayant plus à redouter les complots des prêtres et des couvents, il engagea avec la puissante Espagne la lutte héroïque racontée par J.-L. Motley (Fondation de la République des Provinces-Unies), lutte qui obligea les rois catholiques à reconnaître l’indépendance des sept provinces (Hollande, Zélande, Gueldre, Utrecht, Frise, Over-Yssel et Groningue). Après avoir défendu contre Louis XIV la liberté de conscience et l’autonomie des États protestants, la Hollande, envahie par les républicains français en 1795, devint la république batave. Gouvernée aujourd’hui par la maison de Nassau, qui a tant contribué à l’expulsion des Espagnols et dont les membres ont été, au temps de la République des Provinces-Unies, chargés plusieurs fois des hautes fonctions de Stathouder (lieutenant), le royaume des Pays-Bas est un des rares États où une constitution libérale n’est pas une lettre morte, et où un roi honnête homme, montre le plus grand respect pour les libertés nationales. Chef d’un pays qui, en y comprenant les colonies hollandaises en Afrique, en Amérique et dans l’Océanie, contient plus de vingt millions d’habitants, Guillaume III est resté fidèle à des habitudes d’économie, d’ordre et de simplicité, qu’on ne trouve pas chez certains principicules allemands. La liste civile d’un prince dont l’autorité s’étend sur les plus riches territoires de la Malaisie, (Java, Sumatra, etc.), n’est que de 800,000 florins.

Quoiqu’il y ait en Hollande un groupe important de catholiques (1,220,087 en 1858), les membres de l’Église romaine évitant généralement de fréquenter les universités du royaume et restant étrangers au mouvement intellectuel, la civilisation néerlandaise est essentiellement protestante. Cette civilisation favorisant le développement de notre sexe, on ne doit point s’étonner de ce que les Hollandaises aient commencé à cultiver les lettres dès que furent finies les longues guerres qui avaient, au XVIe et au XVIIe siècles, mis en question l’indépendance des Provinces-Unies. Au XVIIIe siècle, Élisabeth Bekker, Agathe Deken et Agnès Isabelle-Émilie de Tuyll van Seeroskerken, se firent par leurs écrits une réputation que la critique de notre temps a pleinement confirmée.

Élisabeth Bekker, l’une des gloires de la littérature néerlandaise, naquit en 1738, à Flessingue (Zélande), patrie de l’héroïque amiral Ruyter. Après la mort de son mari, le pasteur Wolff, elle se lia si intimement avec Agathe Deken, fille d’un paysan élevée à l’hospice des orphelins d’Amsterdam, qu’il est impossible de dire laquelle a le plus contribué à l’œuvre commune. Les romans d’Élisabeth Bekker et d’Agathe Deken, surtout Historie van Willem Lewend, Historie van Sara Burgehart, Brieven van Abraham Blankaart, enfin, Historie van Cornelia Wildschut, sont comptés au nombre des ouvrages classiques de la Hollande. On y trouve une peinture des mœurs nationales qui fait le plus grand honneur à la pénétration de leurs auteurs. Agathe Deken a aussi cultivé la poésie lyrique et un grand nombre de ses cantiques religieux ont été adoptés par la liturgie protestante. Elle repose avec son amie, à laquelle elle ne survécut que quelques jours, dans le cimetière de Scheveningen, village aussi fréquenté dans la saison des bains que le port belge d’Ostende.

Mademoiselle de Tuyll était née à Utrecht d’un père qui avait été ambassadeur des états généraux près du grand Frédéric. On la nommait Belle (abréviation d’Isabelle) dans la maison de son père, et la cour du stathouder trouva que ce nom lui convenait parfaitement. Elle eut pour gouvernante une demoiselle Prévot, de Genève, avec laquelle elle fit très jeune un voyage au pays de Vaud, où elles séjournèrent à Rolle, chez M. de Salgas. Lorsqu’elle fut en âge d’être mariée, plusieurs brillants partis se présentèrent. Mais elle refusa d’épouser le marquis de Bellegarde, appartenant à une maison fort considérée de la Savoie, parce que le pape exigeait qu’elle se fît catholique ; quant à lord Wemmys, il trouva la dot trop peu considérable. Après de longues hésitations, Isabelle se décida à donner sa main à M. de Charrière qui la conduisit à Colombier (Neuchâtel). J’ai raconté dans les Femmes en Occident[1] quelles furent ses relations avec les Suisses et comment, après avoir débuté en Hollande par une nouvelle (le Noble, 1763) elle prit la part la plus active à la vie littéraire de son pays adoptif.

Si Élisabeth Bekker et Agathe Deken ne vécurent pas jusqu’à l’établissement de la monarchie, madame de Charrière mourut l’année même où l’avénement au trône de Louis Bonaparte mit fin à la république batave. Mais l’empereur ne tarda pas à trouver le roi trop indépendant, et son frère ayant préféré l’abdication au rôle que le vainqueur de Marengo voulait lui faire jouer, la Hollande fut réunie à la France. Quoique les Hollandais aient profité avec le plus vif empressement des revers du dominateur de l’Europe pour secouer le joug étranger, ils ont gardé le code Napoléon. Ce code règle encore la condition civile des femmes. Il va sans dire que les sages dispositions sur le divorce ont été conservées ; parce qu’elles étaient complétement conformes aux principes de liberté religieuse à laquelle la Hollande est si attachée. Il n’en fut pas de même de la loi salique contraire aux traditions du pays. La loi fondamentale du 24 août 1815 détermina les droits des femmes de la maison de Nassau à la couronne des Pays-Bas. Si la descendance mâle directe vient à manquer, le droit de succession passe aux filles, mais toujours d’après le droit de progéniture.

Le caractère hollandais n’a pas subi de modifications essentielles depuis le temps où Élisabeth Bekker et son amie en faisaient une peinture admirablement exacte. Tenaces, laborieux, économes et flegmatiques, les habitants de la Néerlande sont moins susceptibles d’enthousiasme que les Allemands, dont la froideur habituelle n’exclut point les élans passionnés. Cependant le calme du Hollandais ne le rend nullement incapable de dévoûment à une cause que sa solide raison lui a démontrée légitime, et toutes les fois que la patrie et la réformation ont été en danger ; toutes les fois qu’il s’est agi de défendre la gloire du drapeau néerlandais au milieu des farouches populations des îles de la Malaisie, ce peuple a montré un indomptable héroïsme que l’histoire a cent fois constaté. Mais dans la vie ordinaire, le calcul et la prudence sont plus en évidence que l’esprit chevaleresque. Aussi a-t-on pu dire que le Hollandais avait plus de probité que de générosité. Cependant cette maxime ne semble pas pouvoir être appliquée sans restriction aux Hollandaises. « En Hollande, dit un écrivain qui a fait une étude approfondie de la vie néerlandaise, on trouve le nom d’une femme à l’origine de presque toutes les institutions charitables. » M. Esquiros cite, entre autres, madame Heasje Klaas, qui a fondé l’hospice des orphelins de la classe bourgeoise d’Amsterdam, et les établissements du même genre dus à la baronne de Reed de Renswoude.

Si le désir de s’occuper d’œuvres philanthropiques ou quelque motif aussi grave peut décider une Hollandaise à quitter sa confortable demeure, elle n’est point, comme les femmes françaises ou belges, attirée par les distractions extérieures, par les promenades ou par les théâtres. Je vous ai déjà fait remarquer que les Allemandes et les Anglaises se renferment volontiers au foyer domestique. Ce goût est encore plus prononcé chez les Hollandaises. Il est si puissant, qu’on aurait quelque peine à faire comprendre à une dame d’Amsterdam ou de La Haye le genre de vie des Italiennes et des Espagnoles. Au lieu de se précipiter aux corsi ou de courir au spectacle, une Hollandaise se plaît à embellir sa demeure, à la rendre agréable, à l’orner de fleurs, à y réunir les belles porcelaines apportées du Japon ou les chinoiseries venues de Batavia. Mais comme les personnes les plus sérieuses ont besoin de quelques récréations, assise paisiblement sur sa chaise, elle emploiera des heures entières à regarder ce qui se passe dans la rue à l’aide de deux miroirs placés en manière d’angle, miroirs qu’on nomme vulgairement « espions. » Voir sans être vue, ce qui serait un supplice pour une fille du Midi, semble la suprême distraction pour les timides et diaphanes beautés de la Néerlande.

Les occupations et les plaisirs des Hollandaises qui vivent dans les villes ont, vous le voyez, un caractère essentiellement bourgeois. En effet, la Hollande n’est point, comme l’Autriche, un pays aristocratique. La noblesse féodale a disparu de bonne heure, et depuis longtemps la classe moyenne domine dans les conseils néerlandais. Commerçants et marins, les républicains des Provinces-Unies ne laissaient aux gentilshommes qu’une influence restreinte. Aujourd’hui l’activité nationale se tourne vers l’agriculture, mais rien ne fait croire que ce changement dans les inclinations rende à la noblesse des priviléges contraires aux traditions et aux habitudes du pays.

Quand je parle de « changement dans les inclinations, » je me sers d’une expression peu exacte. Les circonstances avaient porté presque exclusivement le Hollandais vers le commerce, mais, ainsi que tous les peuples germaniques, il est naturfreund, diraient les Allemands, il aime et il aimera toujours la vie des champs. Le goût de la campagne se retrouve chez la bourgeoise de Rotterdam, comme chez la paysanne de la Frise, et depuis qu’on a pu abattre les vieux murs élevés contre les Espagnols, les cités ont pris un caractère essentiellement agreste et la campagne semble embrasser et envahir la ville. L’art hollandais, que Louis XIV n’aimait pas et qui pourtant est justement admiré, a obéi aux mêmes tendances. Il suffit de citer les Jean Both, les Wouwermans, les Ruisdael, les Paul Potter et les Van de Velde.

Il est vrai, que les noms de « village » et de « paysan » n’éveillent pas en Hollande les pensées lugubres qu’ils rappelaient à la Bruyère ; il est vrai que la Hollande, — glorieux asile des proscrits, — n’est pas une terre inculte et à moitié déserte comme certaines provinces espagnoles dépeuplées par le fanatisme acharné des moines, des inquisiteurs et des « rois catholiques. » Transportons-nous un moment dans les terres basses, dans la région verte de la Frise, nous y trouvons à la tête de la ferme, la reine du logis, « la fermière au diadème d’or, » qui gouverne la laiterie et la baratte. Si les Hollandaises des villes ont adopté les modes françaises, les paysannes ont conservé leur costume national ; elles sont restées fidèles aux riches et bizarres ornements que portaient leurs mères. Autrefois, les femmes nobles du Nord avaient sur la tête des cercles d’or. Aujourd’hui les paysannes de presque toute la Hollande portent des « fers d’or » dont la forme varie d’une province à l’autre. Ces diadèmes sont d’un assez grand prix, puisqu’ils coûtent de deux à trois cents florins (le florin de Hollande vaut 2 fr. 16 c.) Un pareil luxe ne doit pas étonner dans un pays où, grâce au travail obstiné et à la persévérance des habitants, le domaine agricole est évalué au chiffre énorme pour l’étendue du territoire, de neuf milliards de fr.

La coiffure des femmes n’est pas la seule manifestation d’opulence qu’on remarque chez les paysans. Avec quelle surprise le voyageur ne contemple-t-il pas dans le Beemster les pièces d’argenterie et les vases de la Chine et du Japon sur des tables et sur des dressoirs rangés dans les stalles des vaches. À l’intérieur de la maison, on aperçoit de massives armoires pleines de linge, de bijoux et de robes de soie, richesses transmises par les ancêtres, et dont les ménagères sont fières. Depuis que le beurre et le fromage ont presque doublé de prix, ces paysans ne se sont pas contentés de couverts et de services à thé en argent, ils ont fait faire en ce métal de grands vases et des ustensiles de ménage. Quelques-uns, trouvant l’argent vulgaire, ont voulu avoir des services en or. Un cultivateur qui possède une « tonne d’or » (216,000 fr.) ne passe point pour riche dans cette fertile contrée, ancien lac desséché de 1608 à 1612. En effet, dans ce pays éminemment actif on dessèche un lac comme ailleurs une mare, et sous le règne du roi Guillaume III, nous avons vu transformer en terres fécondes l’immense lac nommé « mer de Harlem. » On a même parlé de dessécher un golfe entier de la mer du Nord, le Zuyderzée.

Malgré le zèle avec lequel les Hollandais étendent leur territoire, il reste l’hiver assez de cours d’eau glacés pour exercer le talent des patineurs… et des patineuses. Dans la Frise, ce pays des lacs, on trouve des clubs de patineurs et de patineuses. Les belles paysannes frisonnes passent sur la glace « comme des apparitions — je me sers des expressions d’un de leurs admirateurs — belles, hardies et graves, la tête couronnée d’un nimbe d’or et de dentelles. » Les jeunes Frisons, cette race indomptable, envient l’honneur d’attacher les patins aux pieds de ces charmantes filles du Nord, honneur brigué avec d’autant plus d’ardeur qu’il est récompensé par un baiser.

La saleté qui déshonore dans presque toute l’Europe l’habitation des ouvriers agricoles est aussi odieuse aux paysannes qu’aux bourgeoises de la Hollande. Tous les voyageurs sont d’accord sur ce point. Déjà, sous le règne du frère de Napoléon Ier, un Français qui a écrit un Mémoire sur la cour de Louis Bonaparte (Paris, 1828) était frappé d’un spectacle qui faisait un contraste remarquable avec la condition des cultivateurs de son pays natal, condition dont M. About dans le Progrès (1864) donne encore une idée fort peu satisfaisante. Ce passage est trop curieux pour n’être pas cité textuellement :

« On ne peut, disait l’auteur du Mémoire, s’empêcher d’admirer l’aisance dont paraît jouir en général le paysan hollandais ; en lui, chez lui, aucune apparence de cette misère qui attriste à l’aspect du paysan français. Les habitations des villageois hollandais sont aussi bien tenues que leurs vêtements sont propres et bons, tout annonce l’abondance et la prospérité. Les campagnards de ces contrées ont, pour la plupart, le bouton d’or au col et au poignet de la chemise, d’autres boutons d’or ou d’argent à la ceinture, une montre et une chaîne d’argent, des boucles de jarretière en or et des boucles d’argent aux souliers. Les femmes ne leur cèdent en rien dans la richesse des étoffes et des bijoux. »

Depuis le règne de Louis Bonaparte les Hollandaises ont conservé leur réputation de ménagères actives. M. de Laveleye a admiré « la propreté exquise » des fermières frisonnes. « En Hollande, dit de son côté M. Esquiros, on est propre sans le savoir. » Le même écrivain ajoute que les jours de « nettoiement général » (trois fois par semaine), les servantes, ordinairement si calmes, ressemblent à des « bacchantes de la propreté. » Il attribue à ces soins éminemment hygiéniques, « la belle santé » des Hollandais, qui réunis, le dimanche, dans leurs villages, forment une « population forte, saine et bravement vêtue. »

Les Hollandais ont compris dès le commencement du siècle, que le bien-être matériel est peu de chose si les intelligences restent plongées dans les ténèbres de l’ignorance et de la superstition. La loi de 1806 sur l’instruction primaire a posé en Hollande les fondements de l’éducation publique. Les classes les plus misérables n’ont point été oubliées, et M. Cousin, qui constate « l’état florissant de l’instruction primaire, » attribue une grande influence morale à ces « excellentes écoles des pauvres » qu’il a partout rencontrées (de l’Instruction publique en Hollande). Grâce à ces salutaires institutions, le goût des livres est tellement général, que dans la Flandre zélandaise les gros villages aussi bien que les petites villes ont des imprimeries qui ne restent pas oisives. Dans les riches fermes de l’opulente province de Groningue, — la Groningue était un pays pauvre au siècle dernier, — où l’on trouve des cultivateurs qui possèdent plusieurs « tonnes d’or, » les laboureurs ne suivent pas seulement le progrès de la science agricole, ils ne veulent point rester étrangers au mouvement philosophique du XIXe siècle. Les paysans mennonites surtout s’occupent avec ardeur des débats théologiques dont la Hollande est aujourd’hui le théâtre, et dont un pasteur de Rotterdam, M. Albert Réville a écrit l’histoire dans la Revue des Deux Mondes (15 juin 1860).

La nourriture des paysannes hollandaises ne saurait être complétement en rapport avec l’opulence du pays. Les herbages occupant beaucoup de place, la Hollande récolte peu de céréales, et le pain de froment ne se rencontre que chez les gens riches. On consomme généralement le pain de seigle dans les campagnes et même dans les villes. Un million et demi d’hectolitres de sarrasin sert en grande partie à l’alimentation des agriculteurs. Les pommes de terre entrent pour une large part dans l’alimentation du peuple. Quant à la boisson, elle laisse beaucoup à désirer. Elle se compose de café et de thé très faibles et de genièvre dont on abuse trop souvent, moins pourtant qu’en Angleterre. Mais les populations rurales absorbent une grande quantité de produits animaux. En somme, le Néerlandais est le mieux pourvu de notre continent ; puisque, en Hollande, le chiffre du produit brut équivaut à 150 francs par tête, tandis qu’il n’est que de 110 francs en Belgique, pays où l’agriculture a fait de grands progrès.

Mais ce brillant tableau a ses ombres. L’activité de la Hollande ne s’étant tournée qu’assez tard vers l’agriculture, il s’en faut que la culture ait transformé toute la contrée, et que la situation des paysannes soit la même dans tout le royaume. Au delà des riches terres d’alluvion qui bordent presque partout les côtes, s’étend une région moins basse et bien moins favorisée. La zone sablonneuse occupe environ 1,700,000 hectares. Il résulte de cette constitution géologique d’une partie du pays, une grande différence entre le zandboer (cultivateur des sables) et le kleiboer (cultivateur de l’argile). Aussi le voyageur qui se trouverait transporté du Beemster dans la Veluwe pourrait croire qu’il a quitté la Hollande pour visiter quelque steppe de l’Europe orientale. Mais, quoique les difficultés que le sol présente soient immenses, la culture est en voie de progrès dans les divers cantons de la région sablonneuse, et tout fait espérer que la ténacité et l’activité hollandaises finiront par triompher d’une nature rebelle.

Les baigneurs de tous les pays qui fréquentent Scheveningen sont exposés à se faire des idées peu exactes de la condition des femmes du peuple en Hollande. La pêche est sur les côtes néerlandaises dans un état de souffrance qui condamne les pêcheurs et leurs familles à une existence fort gênée. En Hollande pas plus qu’ailleurs on n’a pris les précautions nécessaires pour la conservation et la reproduction du poisson. En Italie, j’ai mille fois vu vendre dans de grands paniers du frai d’anguille et d’autres poissons. Cette manière d’agir, qui fait songer au proverbe « manger son blé en herbe » est d’autant plus déplorable, que « l’agriculture de la mer, » jusqu’à présent si mal comprise, pourrait donner plus de profits à ceux qui l’exploitent que les plus riches produits du sol. Aussi, Franklin disait-il : « Tout homme qui pêche un poisson tire des flots une pièce de monnaie. » Les résultats de la pêche sur les côtes néerlandaises font comprendre cette assertion, puisque dans le Zuyderzée la pêche de l’anguille donne encore par an 40,000 florins, et la pêche de l’anchois, 260,100 florins. Mais l’esturgeon et le saumon, magnifiques poissons qui faisaient sur ces côtes la richesse des familles de pêcheurs, ayant déjà complétement disparu, ne peut-on pas prévoir que la misère des marins ira croissant à mesure que les espèces échappées à la destruction deviendront plus rares ? En attendant, on se figure ce que peut être la vie des femmes au sein de ces laborieuses familles, privées de leur chef qui est constamment à la mer et de servante qu’on ne saurait payer. L’éducation de nombreux enfants, la culture des terres, le chanvre qu’il faut filer pour les agrès, les habillements qu’il est nécessaire de fabriquer et de réparer, le linge qu’on doit blanchir, le ménage et la cuisine : tels sont depuis l’âge de vingt et quelques années les soins qui remplissent une existence qui diffère en tant de points de la vie des paysannes des terres basses. En France, la loi draconienne qu’on nomme « inscription maritime » ajoute à ces épreuves, puisqu’elle permet à l’État d’enlever à leurs mères ou à leurs femmes les matelots qui ont dix-huit ans et qui n’ont pas atteint l’âge de cinquante ans. Or l’inscription maritime n’a cessé d’être en progrès depuis trente années, et en 1854, elle réclamait quarante-neuf mille sept cent deux hommes. L’auteur du Progrès vous dira combien l’armée de terre a, depuis 1815, coûté de milliards et combien de millions d’hommes elle a arrachés à l’agriculture.

La Hollande jouissant de la liberté religieuse la plus complète, on y trouve, outre les israélites, la plupart des sectes qui se partagent aujourd’hui le christianisme.

Pour commencer par la religion de la majorité, les Hollandaises protestantes n’appartiennent pas toutes à la même tendance. Les unes, à l’exemple du poète feu Da Costa, juif converti, et de M. Groen van Prinsterer, un des hommes les plus distingués de son pays, ont des opinions aussi conservatrices en religion qu’en politique. Les professions de foi qui ont été rédigées par les austères théologiens calvinistes du XVIe siècle, leur paraissent seules conformes à l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres. L’orthodoxie a pour centre l’université d’Utrecht.

D’autres, adoptant les idées qui exercent maintenant tant d’influence sur les universités germaniques, se rapprochent plus ou moins des doctrines qu’un prêtre célèbre a autrefois professées dans votre église d’Alexandrie. L’arianisme ressuscité compte aujourd’hui plus d’un partisan en Hollande. L’université de Groningue, voisine du Hanovre, dont les théories sont représentées par le recueil : la Vérité dans la Charité (Waarheide in Liefde), a la première favorisé les novateurs, mais Leyde, où enseignent avec beaucoup de distinction MM. Kuenen et Scholten, est aujourd’hui plus avancée. La nouvelle école repousse le mystère de la Trinité, elle nie la prédestination enseignée par Calvin, parce que, dit-elle, elle ne diffère en rien du fatalisme, et qu’elle est contraire à l’idée que nous devons avoir de la bonté divine, enfin elle écarte le dogme de la rédemption qu’elle appelle « théologie de sang. » Le jour où le roi assista, à Amsterdam, à un sermon du pasteur Meyboom, les hétérodoxes crurent que la vieille dogmatique calviniste avait reçu un coup mortel. Il est certain que la théologie arienne a maintenant des partisans dans toutes les classes. Un jour, allant de Bâle à Carlsruhe, je trouvai dans le wagon un digne bourgmestre hollandais qui partageait toutes les idées des docteurs de Leyde. Sa femme pensait absolument comme lui, et je ne me lassais pas d’admirer le calme avec lequel elle exposait des opinions qui, selon M. Guizot et tant d’autres, ébranlent les bases de la société moderne. L’excellente femme n’avait pas l’air de s’en douter ! Elle parlait de MM. Athanase Coquerel, Colani, Zaalberg, des théologiens ariens français et hollandais, comme de fort bons chrétiens, et elle-même semblait fort attachée au christianisme. Ce ménage avait un air d’honnêteté et de sincérité fort différent de la physionomie qu’on prête aux adversaires de « la religion, de la famille et de la propriété. » Le mari dont la boutonnière portait le ruban du Lion néerlandais et qui parlait du roi et des institutions de son pays, avec l’expression du plus sincère dévoûment, eût été fort étonné de s’entendre traiter d’ennemi de « l’ordre social. » L’ardeur des controversistes les emporte évidemment au delà des limites tracées par le bon sens et l’intervention de la politique dans les questions philosophiques et religieuses égare beaucoup d’intelligences. L’expérience de tous les jours devrait prouver à ces disputeurs entêtés qu’on peut différer d’avis sur la manière d’expliquer des textes excessivement obscurs, écrits en grec, il y a bientôt deux mille ans, sans être le moins du monde un jacobin et un babouviste.

Les Wallons, qui étaient des réformés expulsés de la Belgique par les sicaires du roi catholique ou des français protestants fuyant la Saint-Barthélemy et les dragonnades, ont fondé l’Église wallonne, dont la langue et l’organisation subsistent encore. Si l’on en juge par les écrits de M. Albert Réville, pasteur de l’église wallonne de Rotterdam, spécialement par son Manuel d’instruction religieuse (Rotterdam, Kramers, 1863), cette Église n’aurait pas tout entière conservé l’orthodoxie calviniste. Pour M. Réville, « Jésus-Christ est fils de Dieu par son amour pour Dieu, un avec Dieu par sa sainteté. » (Manuel, pag. 218.)

Les jansénistes sont aussi des proscrits qui ont cherché en Hollande un refuge contre les fureurs catholiques du « grand roi. » Le jansénisme est né dans les Pays-Bas. Un Hollandais, Jansénius, évêque d’Ypres, en Belgique, voulait délivrer l’Église belge et son pays de la domination du pape et de l’Espagne. Admirateur de la constitution de l’Église orientale, zélé partisan de saint Augustin et de Calvin, s’il ne put accomplir ses vastes projets, il laissa en mourant un livre, l’Augustinus, dont l’effet fut immense et dont vous trouverez une intéressante analyse dans le Port-Royal de M. Sainte-Beuve. En France, un grand nombre de femmes dont l’histoire a conservé le nom, Jacqueline Arnauld, Gabrielle Arnauld, Jeanne Arnauld, Jacqueline Pascal, madame Périer, sœur et biographe de l’auteur des Provinciales, madame de Sévigné, etc., se prononcèrent en faveur des jansénistes contre les jésuites, protégés par la cour. Le jansénisme, comprimé par la force, fut obligé d’ajourner ses projets. Les disciples de Jansénius, persécutés en France, trouvèrent un asile sur cette terre qui avait déjà servi de refuge au célèbre philosophe français, Pierre Bayle, l’apôtre de la tolérance et le précurseur de Voltaire. Leurs descendants forment dans la ville d’Utrecht une cité à part, et leur évêque, toujours excommunié par le pape quand il prend possession de son siége, porte le titre d’évêque de l’Église catholique hollandaise. Les femmes jansénistes d’Utrecht habitent de petites maisons dont l’aspect silencieux et calme est bien en rapport avec le caractère mystique de la secte qui a fondé Port-Royal.

On trouve en Hollande des débris de communautés chrétiennes plus anciennes que les Églises wallonne et janséniste. Je veux parler des frères moraves et des mennonites.

Le nom de moraves indique l’origine slave des premiers. Lorsque le réformateur tchèque dont j’ai raconté la vie et la mort au commencement de la Suisse allemande, eut subi le dernier supplice à Constance, les plus rigides parmi les hussites adoptèrent un système de théologie fort hostile aux idées de Rome, lequel leur attira des persécutions racontées par Lochner dans son Origine et histoire de la communauté des frères en Bohême et en Moravie (Nuremberg, 1832). Après des tribulations qui rappellent l’histoire des vaudois du Piémont, ils erraient en Bohême et en Moravie, quand un gentilhomme saxon, le comte de Zinzendorf leur donna un asile à Herrnhutt, en Lusace, où est encore aujourd’hui le collége directeur. D’autres, profitant de la tolérance néerlandaise, fondèrent un établissement près d’Utrecht, à Zeist. Depuis cette époque, les moraves ont créé des colonies dans les deux mondes. On prétend qu’il y a en Europe cent mille frères qui habitent surtout les Pays-Bas et l’Allemagne. Ils vivent dans des espèces de communautés, à l’organisation desquelles le génie communiste de la race slave ne semble pas avoir été étranger. À Zeist, les sœurs habitent une aile dans laquelle les étrangers ne pénètrent pas facilement. Chaque catégorie du sexe féminin noue son bonnet avec un ruban de couleur différente, le rouge est pour les filles, le bleu pour les femmes mariées et le blanc pour les veuves. Généralement, elles s’occupent de travaux d’aiguille. Les plus instruites dirigent un pensionnat.

On reconnaîtrait difficilement dans les paisibles et laborieux mennonites des héritiers de ces terribles anabaptistes qui ont fait trembler l’Europe au XVIe siècle. Le nom grec de cette secte fait assez comprendre pour quel motif son fondateur Stork rompit avec Luther. Stork prétendait que tous les chrétiens devaient être parvenus à l’âge de raison pour recevoir le baptême. Il citait, en faveur de sa thèse, d’innombrables passages du Nouveau Testament. Quand on lui opposait l’autorité de la tradition, il répondait que cet argument avait servi de justification aux erreurs et aux crimes les plus contraires à l’enseignement évangélique, par exemple, aux pratiques idolâtriques et aux sacrifices humains prescrits par l’inquisition. Mais la secte n’ayant pas tardé à se transformer en parti politique exalté lorsque le fanatique Munzer se mit à sa tête, les anabaptistes furent poursuivis à outrance et presque entièrement exterminés avant le milieu du XVIe siècle.

Beaucoup de rebaptisants se trouvaient parmi les protestants que le duc d’Albe livra aux bourreaux dans les Pays-Bas. Un ancien prêtre catholique, Menno, né en Frise, en 1496, qui eut quelques rapports avec eux, sentit la nécessité de dégager l’idée fondamentale de Stork des éléments socialistes et communistes qui l’avaient compromise. Ce théologien distingué et prudent qui a toujours eu sa principale résidence en Frise, mais qui fit plusieurs voyages dans les autres provinces hollandaises et en Allemagne, parvint à réunir en communautés bien organisées les anabaptistes dispersés, auxquels on commença à donner dans les Pays-Bas et dans les États du Nord, le nom de mennonites. Loin de scandaliser l’Europe par des débauches pareilles à celles dont Munster avait été le théâtre au temps de Jean de Leyde, les familles mennonites se distinguèrent par des mœurs austères, et leurs femmes purent être données en Hollande comme des modèles d’ordre et d’économie. L’activité que les mennonites déployèrent dans le commerce leur permit de contribuer largement de leur bourse à l’affranchissement des Provinces-Unies, où ils ne tardèrent pas à obtenir la pleine liberté de conscience.

L’établissement des anglo-saxons dans l’Amérique septentrionale devait ouvrir aux anabaptistes les plus larges horizons. Beaucoup de mennonites avaient, au XVIIIe siècle, fondé des colonies dans l’Amérique du Nord. En 1842, leur nombre atteignait déjà le chiffre de six millions d’âmes. Parmi les descendants des anciens anabaptistes, on remarque les dunkers qui ont pour ancêtres d’anciens réfugiés allemands. Ces dunkers, dont les richesses sont considérables, professent sur les rapports des sexes des doctrines mystiques peu conformes à l’esprit du protestantisme. Celui d’entre eux qui se marie, cesse d’être regardé comme appartenant aux frères et sœurs en état de « perfection. » Mais aucun des anabaptistes européens ne voudrait employer son argent à l’entretien de prétendus « parfaits. » La considération dont jouissent les disciples de Menno a contribué à répandre leurs doctrines. Ils comptent aujourd’hui beaucoup de membres dans les provinces rhénanes, dans la Prusse orientale et en Suisse. On en rencontre même en Alsace et en Lorraine. En Hollande, ils ont plus de cent vingt communautés.

Les catholiques hollandais appartiennent à l’opposition la plus avancée. Sous un gouvernement libéral, on est sûr de les trouver toujours parmi les opposants. Le curieux écrit, intitulé l’Univers jugé par lui-même (Paris, Dentu, 1856), montre que sous Louis-Philippe, les Français les plus dévoués à la papauté avaient adopté la même tactique. Le chapitre intitulé : l’Univers et l’esprit révolutionnaire jusqu’en 1852, prouve que les partisans de Rome savent au besoin se rappeler « l’esprit démocratique » de la « sainte ligue. » Cette affectation d’un libéralisme, qu’il est impossible de concilier avec les déclarations réitérées et solennelles des papes, ne donne point aux familles catholiques plus de zèle pour l’instruction ni plus de lumières. Le monachisme est toujours leur idéal, et le populaire ouvrage de M. le baron Hugenport, intitulé : de Kloster in Nederland (sixième édition), constate que la manière dont ils comprennent les institutions monastiques ne diffère pas des vues adoptées par les ultramontains belges.

Les Hollandais appartenant, comme vous le voyez, à un grand nombre d’Églises dont les dogmes sont loin d’être les mêmes, le pouvoir civil a pris une excellente mesure en interdisant l’entrée des écoles aux ministres des différents cultes, et en les empêchant d’agiter l’intelligence des enfants par des débats théologiques. Les maîtres, laissant de côté toutes les questions dogmatiques, se contentent d’exposer à leurs élèves l’histoire biblique et les règles de la morale. L’école est considérée, avec raison, comme un terrain neutre, et l’instituteur doit s’attacher à former le cœur de la jeunesse à la pratique du bien, sans s’occuper des discussions trop souvent peu intelligibles qui partagent les communautés chrétiennes.


  1. Voir la Pandore, revue d’Athènes, 1860-64. ↩︎

Pjesa e radhës
Les israélites dans les sociétés germanique et latine

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